La question mérite d’être posée vu les réactions parfois violentes entendues de la part de professionnels.

Attention, il ne s’agit pas de savoir ici s’il est utile de passer l’examen, l’examen est en soi indispensable pour les nouveaux entrants (article 313-7-1 du RG AMF). Cette question ne se pose donc pas. Je conseille à tout candidat visant un poste de la liste éditée par l'AMF (vendeur, négociateur, CIF…) de passer cet examen dans la mesure où leur CV en sera réellement enrichi par rapport aux autres candidats. Rappelons pour mémoire que le Prestataire de Service d’Investissement (PSI : établissement de crédit, entreprise d’investissement) dispose de 6 mois à compter de l’embauche pour faire passer à la nouvelle recrue une évaluation formelle portant sur les connaissances listées dans une grille publiée par l’AMF. Cette évaluation peut avoir lieu en interne (et dans ce cas n’est valable qu’au sein du PSI qui la fait passer) ou être réalisée en externe sous la forme d’un examen certifié (par exemple chez Bärchen qui propose un examen certifié par l’AMF le 22 mars 2010 sous le numéro C3, en application l’article 313-7-3 de son règlement général) et a dans ce cas une valeur reconnue chez tous les PSI, est « universel ».

En d’autres termes, les PSI prendront le risque, à partir du 1er juillet, de recruter une personne sans savoir si elle pourra effectivement réaliser les fonctions pour lesquelles ils l’ont recrutée, dans la mesure où elle doit réussir cet examen avant de pouvoir prendre ses fonctions. Il est donc évident que les candidats disposant dans leur CV d’une ligne précisant qu’ils ont réussi l’examen certifié (auprès de Bärchen ou d’autres) seront mieux lotis que d’autres. Les banquiers avec lesquels j’ai discuté confirment que ce devrait constituer un sérieux « plus » dans la mesure où l’opérationnalité du candidat est assurée dès le premier jour. L’utilité de passer cet examen pour un candidat ne fait pas débat. La question qui fait débat est celle de savoir si l’examen certifié (ou la version d’évaluation en interne) est utile en soi pour garantir une meilleure sécurité des consommateurs et améliorer les compétences de ceux sont soumis à l'examen, et sinon, à quoi sert cet examen ?

Les critiques à l'égard de l’examen utilisent plusieurs arguments pour dénoncer ce qu’ils pensent être un examen inutile ou dévoyé de son objectif premier d’amélioration des compétences des salariés. Je liste ci-après les trois principaux arguments que j’ai entendus au fil des discussions.

  1. L’examen vise uniquement une vérification des connaissances et ne vise pas à l’amélioration des compétences des salariés sur le terrain. En d’autres termes on leur demande quelles obligations théoriques impose le Code Monétaire et Financier (CMF) et non ce qu’ils doivent faire dans telle ou telle situation quotidienne. Un simple bachotage des questions et de leur réponses.
  2. L’examen est commun à un ensemble de fonctions particulièrement disparates et ne serait, de ce fait, adapté à aucune d’entre elles. Quel sens de mettre cote à cote, dans la même salle d’examen, un trader et un chargé d’affaires particulier ?
  3. Les points visés par la grille des connaissances éditée par l’AMF sont très nombreux et chacune des fonctions concernées par l’examen (vendeurs de produits d’investissement (de très loin les plus nombreux), gérants, analystes, CIF, responsables post-marchés, compensateurs, RCCI-RCSI…) n’est concernée que par une fraction de ces connaissances.

Si un responsable post-marché a naturellement besoin d’être au fait du fonctionnement du back-office et du post-marché (point 10 de la grille) ; si un vendeur de produits financiers en agence bancaire doit maîtriser la relation avec le client (point 6 de la grille) ; est-il nénamoins vraiment nécessaire que ce chargé d’affaires maîtrise la fonction back office et post marché et que le responsable post-marché soit capable de répondre à des questions pointues sur les obligations d’information du client dans la vente d’Opcvm ?

Dans le prochain billet, je vous donnerai ma vision des choses (qui n’est pas complètement en phase avec ces arguments comme vous pouvez vous en douter, même si certains points ne sont pas totalement dénués de fondement selon moi). Mais avant cela il me semble intéressant de vous donner un peu de temps pour connaître vos réactions, vos avis sur la question de l’utilité de l’examen. Êtes-vous en accord avec ces arguments ? Qu’en pensez-vous ? L’examen certifié de l’AMF a-t-il un rôle à jouer ? Fallait-il créer cet examen ? Partagez votre point de vue (en toute confidentialité).